Telles sont les données qui ressortent de l'intéressant voyage de Mollien dans notre colonie du Sénégal. Ce pays devait être aussi le point de départ d'un autre explorateur, René Caillié.

Né en 1800, dans le département des Deux-Sèvres, Caillié ne reçut d'autre instruction que celle de l'école primaire; mais la lecture de Robinson Crusoé ayant développé dans sa jeune imagination le goût des aventures, Caillié n'eut de cesse qu'il se fût procuré, avec le peu de ressources qu'il possédait, des cartes et des récits de voyages. En 1816, bien qu'il n'eût encore que seize ans, il s'embarquait pour le Sénégal sur la gabarre la Loire.

Le gouvernement anglais organisait à cette époque une expédition pour l'intérieur sous le commandement du major Gray. Afin d'éviter le terrible «almamy» de Timbou, qui avait été si funeste à Peddie, les Anglais s'étaient dirigés par mer vers la Gambie. Le Woulli, le Gabon, furent traversés, et l'expédition pénétra dans le Bondou, que Mollien allait visiter quelques années plus tard, pays habité par un peuple aussi fanatique, aussi féroce que celui du Fouta-Djallon. Les exigences de l'almamy furent telles, que le major Gray se vit, sous prétexte d'une ancienne dette du gouvernement anglais non acquittée, dépouillé de presque toutes ses marchandises, et fut obligé d'envoyer au Sénégal un officier qu'il chargea d'en réunir un nouvel assortiment.

Caillié, ignorant ce début malencontreux et comprenant que le major Gray accueillerait avec plaisir toute nouvelle recrue, partit de Saint-Louis avec deux nègres et gagna Gorée. Mais là, plusieurs personnes qui s'intéressaient à lui le détournèrent de se joindre à cette expédition, et lui procurèrent un emploi à la Guadeloupe. Caillié ne resta que six mois dans cette île, revint à Bordeaux, puis retourna au Sénégal.

Un officier du major Gray, nommé Partarieu, était sur le point d'aller rejoindre son chef avec les marchandises qu'il s'était procurées. Caillié lui demanda à l'accompagner sans appointements et sans engagement fixe. L'offre fut aussitôt acceptée.

La caravane se composait de soixante-dix individus, blancs et noirs, et de trente-deux chameaux richement chargés. Elle quitta Gandiolle, dans le Cayor, le 5 février 1819, et, avant d'entrer dans le Yoloff, traversa un désert, où elle souffrit cruellement de la soif, car, pour emporter plus de marchandises, on avait négligé de prendre une provision d'eau suffisante.

A Boulibaba, village habité par des Foulahs pasteurs, la caravane put se rafraîchir et remplir ses outres pour la traversée d'un second désert.

Évitant le Fouta-Toro, dont les habitants sont fanatiques et voleurs, Partarieu pénétra dans le Bondou. Il aurait bien voulu éviter d'entrer à Boulibané, capitale du pays et résidence de l'almamy; mais les résistances des habitants, qui se refusaient à livrer du grain et de l'eau à la caravane, les ordres précis du major Gray, qui se figurait que l'almamy laisserait passer la caravane, après en avoir tiré contribution, le contraignirent à se rendre dans cette ville.

Le terrible almamy commença par se faire livrer une quantité considérable de présents, mais il refusa aux Anglais l'autorisation de gagner Bakel, sur le Sénégal. Ils pouvaient, disait-il, se rendre à Clégo en traversant ses États et ceux du Kaarta, ou prendre la route du Fouta-Toro. De ces deux routes, la première ne valait pas mieux que la seconde, car il fallait traverser des pays fanatiques. L'intention de l'almamy était donc,—c'est ainsi que les Anglais le comprenaient,—de les faire piller et massacrer, sans en encourir la responsabilité.