Ce fut là tout le cérémonial de cette réception.

Les artistes se sont inclinés, pleins de respect devant le roi et la reine. La reine, très simplement vêtue d'étoffes sombres, n'est coiffée que de sa chevelure abondante, dont les boucles grises donnent un charme extrême à sa figure un peu pâle, à son regard légèrement voilé. Elle va s'asseoir sur un fauteuil, placé près de la fenêtre qui ouvre sur le jardin, au delà duquel se dessinent les massifs du parc.

Le roi, debout, répond au salut de ses visiteurs, et les invite à lui faire connaître quel motif les a conduits dans cette maison, perdue à l'extrême quartier de Milliard-City.

Tous quatre se sentent émus en regardant ce souverain dont la personne est empreinte d'une inexprimable dignité. Son regard est vif sous des sourcils presque noirs — le regard profond du savant. Sa barbe blanche tombe large et soyeuse sur sa poitrine. Sa physionomie, dont un charmant sourire tempère le caractère un peu sérieux, ne peut que lui assurer la sympathie des personnes qui l'approchent.

Frascolin prend la parole, et, non sans que sa voix tremble quelque peu:

«Nous remercions Votre Majesté, dit-il, d'avoir daigné recevoir des artistes qui désiraient lui offrir leurs respectueux hommages.

— La reine et moi, répond le roi, nous vous remercions, messieurs, et nous sommes touchés de votre démarche. Sur cette île, où nous espérons achever une existence si troublée, il semble que vous ayez apporté un peu de ce bon air de votre France! Messieurs, vous n'êtes point inconnus d'un homme qui, tout en s'occupant de sciences, aime passionnément la musique, cet art auquel vous devez un si beau renom dans le monde artiste. Nous connaissons les succès que vous avez obtenus en Europe, en Amérique. Ces applaudissements qui ont accueilli à Standard-Island le Quatuor Concertant, nous y avons pris part, — d'un peu loin, il est vrai. Aussi avons-nous un regret, c'est de ne vous avoir pas encore entendus comme il convient de vous entendre.»

Le roi indique des sièges à ses hôtes; puis il se place devant la cheminée, dont le marbre supporte un magnifique buste de la reine, jeune encore, par Franquetti.

Pour entrer en matière, Frascolin n'a qu'à répondre à la dernière phrase prononcée par le roi.

«Votre Majesté a raison, dit-il, et le regret qu'elle exprime n'est-il pas justifié en ce qui concerne le genre de musique dont nous sommes les interprètes. La musique de chambre, ces quatuors des maîtres de la musique classique, demandent plus d'intimité que ne comporte une nombreuse assistance. Il leur faut un peu du recueillement d'un sanctuaire…