«Nous vous remercions, Messieurs, et ces remerciements viennent du plus profond de notre coeur! Grâce à la perfection de votre exécution, nous venons d'éprouver des jouissances d'art dont le souvenir ne s'effacera plus! Cela nous a fait tant de bien…
— Si le roi le désire, dit Yvernès, nous pourrions encore…
— Merci, Messieurs, une dernière fois, merci! Nous ne voulons pas abuser de votre complaisance! Il est tard, et puis… cette nuit… je suis de service…»
Cette expression, dans la bouche du roi, rappelle les artistes au sentiment de la réalité. Devant le souverain qui leur parle ainsi, ils se sentent presque confus… ils baissent les yeux…
«Eh oui! Messieurs, reprend le roi d'un ton enjoué. Ne suis-je pas astronome de l'observatoire de Standard-Island… et, ajoute-t-il non sans quelque émotion, inspecteur des étoiles… des étoiles filantes?…»
IV — Ultimatum britannique
Pendant cette dernière semaine de l'année, consacrée aux joies du Christmas, de nombreuses invitations sont envoyées pour des dîners, des soirées, des réceptions officielles. Un banquet, offert par le gouverneur aux principaux personnages de Milliard- City, accepté par les notables bâbordais et tribordais, témoigne d'une certaine fusion entre les deux sections de la ville. Les Tankerdon et les Coverley se retrouvent à la même table. Le premier jour de l'an, il y aura échange de cartes entre l'hôtel de la Dix-neuvième Avenue et l'hôtel de la Quinzième. Walter Tankerdon reçoit même une invitation à l'un des concerts de Mrs Coverley. L'accueil que lui réserve la maîtresse de la maison paraît être de bon augure. Mais, de là à former des liens plus étroits, il y a loin encore, bien que Calistus Munbar, dans son emballement chronique, ne cesse de répéter à qui veut l'entendre:
«C'est fait, mes amis, c'est fait!»
Cependant, l'île à hélice continue sa paisible navigation, en se dirigeant vers l'archipel de Tonga-Tabou. Rien ne semblait même devoir la troubler, lorsque dans la nuit du 30 au 31 décembre se manifeste un phénomène météorologique assez inattendu.
Entre deux et trois heures du matin, des détonations éloignées se font entendre. Les vigies ne s'en préoccupent pas plus qu'il ne convient. On ne peut supposer qu'il s'agisse là d'un combat naval, à moins que ce ne soit entre navires de ces républiques de l'Amérique méridionale, qui sont fréquemment aux prises. Après tout, pourquoi s'en inquiéterait-on à Standard-Island, île indépendante, en paix avec les puissances des deux mondes?