— Mais il est couché, votre village! riposte Sébastien Zorn, en haussant les épaules.

— Ne réveillons pas un village qui dort! soupire mélodieusement
Yvernès.

— Réveillons-le, au contraire!» s'écrie Pinchinat. En effet, — à moins de vouloir passer la nuit en plein air, il faut bien en venir à ce procédé. Du reste, place absolument déserte, silence complet. Pas un contrevent entr'ouvert, pas une lumière aux fenêtres. Le palais de la Belle au bois dormant aurait pu s'élever là dans des conditions de tout repos et de toute tranquillité.

«Eh bien… et l'auberge?…» demande Frascolin.

Oui… l'auberge dont le conducteur avait parlé, où ses voyageurs en détresse doivent rencontrer bon accueil et bon gîte?… Et l'aubergiste qui s'empresserait d'envoyer du secours à l'infortuné coach-man?… Est-ce que ce pauvre homme a rêvé ces choses?… Ou, — autre hypothèse, — Sébastien Zorn et sa troupe se sont-ils égarés?… N'est-ce point ici le village de Freschal?…

Ces questions diverses exigent une réponse péremptoire. Donc, nécessité d'interroger un des habitants du pays, et, pour ce faire, de frapper à la porte d'une des maisonnettes, — à celle de l'auberge, autant que possible, si une heureuse chance permet de la découvrir.

Voici donc les quatre musiciens opérant une reconnaissance autour de la ténébreuse place, frôlant les façades, essayant d'apercevoir une enseigne pendue à quelque devanture… D'auberge, il n'y a pas apparence.

Eh bien, à défaut d'auberge, il n'est pas admissible qu'il n'y ait point là quelque case hospitalière, et comme on n'est pas en Écosse, on agira à l'américaine. Quel est le natif de Freschal qui refuserait un et même deux dollars par personne pour un souper et un lit?

«Frappons, dit Frascolin.

— En mesure, ajoute Pinchinat, et à six-huit!» On eût frappé à trois ou à quatre temps, que le résultat aurait été identique. Aucune porte, aucune fenêtre ne s'ouvre, et, cependant, le Quatuor Concertant a mis une douzaine de maisons en demeure de lui répondre.