Ceci bien établi, le commodore Simcoë donne des ordres pour que l'île à hélice reprenne sa route à toute vitesse.
Or, si la division de l'amiral Collinson s'entête, sera-t-il possible d'échapper à ses poursuites? Ses bâtiments n'ont-ils pas une marche très supérieure? Et s'il appuie sa réclamation de quelques obus à la mélinite, sera-t-il possible de résister? Sans doute, les batteries de l'île sont capables de répondre aux Armstrongs, dont les croiseurs de la division sont armés. Mais le champ offert au tir anglais est infiniment plus vaste… Que deviendront les femmes, les enfants, dans l'impossibilité de trouver un abri?… Tous les coups porteront, tandis que les batteries de l'Éperon et de la Poupe perdront au moins cinquante pour cent de leurs projectiles sur un but restreint et mobile!…
Il faut donc attendre ce que va décider l'amiral sir Edward
Collinson.
On n'attend pas longtemps.
À neuf heures quarante-cinq, un premier coup à blanc part de la tourelle centrale du Herald en même temps que le pavillon du Royaume-Uni monte en tête de mât. Sous la présidence du gouverneur et de ses adjoints, le conseil des notables discute dans la salle des séances à l'hôtel de ville. Cette fois, Jem Tankerdon et Nat Coverley sont du même avis. Ces Américains, en gens pratiques, ne songent point à essayer d'une résistance qui pourrait entraîner la perte corps et biens de Standard-Island. Un second coup de canon retentit. Cette fois, un obus passe en sifflant, dirigé de manière à tomber à une demi-encablure en mer, où il éclate avec une formidable violence, en soulevant d'énormes masses d'eau. Sur l'ordre du gouverneur, le commodore Simcoë fait amener le pavillon qui a été hissé en réponse à celui du Herald. Le capitaine Turner revient à Bâbord-Harbour. Là, il reçoit des valeurs, signées de Cyrus Bikerstaff et endossées par les principaux notables pour une somme de douze cent mille livres. Trois heures plus tard, les dernières fumées de la division s'effacent dans l'est, et Standard-Island continue sa marche vers l'archipel des Tonga.
V — Le Tabou à Tonga-Tabou
Et alors, dit Yvernès, nous relâcherons aux principales îles de
Tonga-Tabou?
— Oui, mon excellent bon! répond Calistus Munbar. Vous aurez le loisir de faire connaissance avec cet archipel, que vous avez le droit d'appeler archipel d'Hapaï, et même archipel des Amis, ainsi que l'a nommé le capitaine Cook, en reconnaissance du bon accueil qu'il y avait reçu.
— Et nous y serons sans doute mieux traités que nous ne l'avons été aux îles de Cook?… demande Pinchinat.
— C'est probable.