Quelle nationalité indique ce pavillon? Aucun de nos Parisiens ne peut le reconnaître. C'est bien le pavillon américain avec ses raies transversales rouges et blanches; mais le yacht, au lieu des soixante-sept étoiles qui brillaient au firmament de la Confédération à cette époque, n'en porte qu'une seule: une étoile, ou plutôt un soleil d'or, écartelé sur l'azur du yacht, et qui semble rivaliser d'irradiation avec l'astre du jour.
«Notre pavillon, messieurs,» dit Calistus Munbar en se découvrant par respect.
Sébastien Zorn et ses camarades ne peuvent faire autrement que l'imiter. Puis, ils s'avancent sur la plate-forme jusqu'au parapet, et se penchant…
Quel cri — de surprise d'abord, de colère ensuite, — s'échappe de leur poitrine!
La campagne entière se développe sous le regard. Cette campagne ne présente qu'un ovale régulier, circonscrit par un horizon de mer, et, si loin que le regard puisse se porter au large, il n'y a aucune terre en vue.
Et pourtant, la veille, pendant la nuit, après avoir quitté le village de Freschal dans la voiture de l'Américain, Sébastien Zorn, Frascolin, Yvernès, Pinchinat, n'ont pas cessé de suivre la route de terre sur un parcours de deux milles… Ils ont pris place ensuite avec le char à bancs dans le ferry-boat pour traverser le cours d'eau… Puis ils ont retrouvé la terre ferme… En vérité, s'ils eussent abandonné le littoral californien pour une navigation quelconque, ils s'en seraient certainement aperçu…
Frascolin se retourne vers Calistus Munbar: «Nous sommes dans une île?… demande-t-il.
— Comme vous le voyez! répond le Yankee, dont la bouche dessine le plus aimable des sourires.
— Et quelle est cette île?…
— Standard-Island.