— Plus que cher… Nous en avons pour deux cents francs…

— À quatre?…

— Non… chacun.»En effet, cent soixante dollars, ni plus ni moins, — et, comme détail, la note compte les grooses à quinze dollars, le poisson à vingt dollars, les rumsteaks à vingt-cinq dollars, le médoc et le bourgogne à trente dollars la bouteille, - - le reste à l'avenant. «Fichtre!… s'écrie Son Altesse.

— Les voleurs!» s'écrie Sébastien Zorn. Ces propos, échangés en français, ne sont pas compris du superbe maître d'hôtel. Néanmoins, ce personnage se doute quelque peu de ce qui se passe. Mais, si un léger sourire se dessine sur ses lèvres, c'est le sourire de la surprise, non celui du dédain. Il lui semble tout naturel qu'un dîner à quatre coûte cent soixante dollars. Ce sont les prix de Standard-Island. «Pas de scandale! dit Pinchinat. La France nous regarde! Payons…

— Et n'importe comment, réplique Frascolin, en route pour San- Diégo. Après demain, nous n'aurions plus de quoi acheter une sandwiche!»

Cela dit, il prend son portefeuille, il en tire un nombre respectable de dollars-papiers, qui, par bonheur, ont cours à Milliard-City, et il allait les remettre au maître d'hôtel, lorsqu'une voix se fait entendre:

«Ces messieurs ne doivent rien.» C'est la voix de Calistus Munbar. Le Yankee vient d'entrer dans la salle, épanoui, souriant, suant la bonne humeur, comme d'habitude. «Lui! s'écrie Sébastien Zorn, qui se sent l'envie de le prendre à la gorge et de le serrer comme il serre le manche de son violoncelle dans les forte.

— Calmez-vous, mon cher Zorn, dit l'Américain. Veuillez passer, vos camarades et vous, dans le salon où le café nous attend. Là, nous pourrons causer à notre aise, et à la fin de notre conversation…

— Je vous étranglerai! réplique Sébastien Zorn.

— Non… vous me baiserez les mains…