— C'est précisément ce que j'attends de vous, monsieur, répond
Nat Coverley.

— Je ne souffrirai pas qu'il soit manqué publiquement dans ma personne…

— Ni moi dans la mienne…

— Nous verrons bien!» s'écrie Jem Tankerdon en faisant un pas vers l'appareil. Nat Coverley vient d'en faire un, lui aussi. Les partisans des deux notables commencent à s'en mêler. Des provocations malsonnantes éclatent de part et d'autre dans leurs rangs. Sans doute, Walter Tankerdon est prêt à soutenir les droits de son père, et, cependant, lorsqu'il aperçoit miss Coverley qui se tient un peu à l'écart, il est visiblement embarrassé. Quant au gouverneur, bien que le surintendant soit à ses côtés, prêt à jouer le rôle de tampon, il est désolé de ne pouvoir réunir en un seul bouquet la rose blanche d'York et la rose rouge de Lancastre. Et qui sait si cette déplorable compétition n'aura pas des conséquences aussi regrettables qu'elles le furent, au XVe siècle, pour l'aristocratie anglaise?

Cependant la minute approche où la pointe de Standard-Island coupera la ligne équinoxiale. Établi à la précision d'un quart de seconde de temps, le calcul ne comporterait qu'une erreur de huit mètres. Le signal ne peut tarder à être envoyé par l'observatoire.

«J'ai une idée! murmure Pinchinat.

— Laquelle?… répond Yvernès.

— Je vais flanquer un coup de poing au bouton de l'appareil, et cela va les mettre d'accord…

— Ne fais pas cela!» dit Frascolin, en arrêtant Son Altesse d'un bras vigoureux. Bref, on ne sait comment l'incident aurait pris fin, si une détonation ne se fût produite… Cette détonation ne vient pas de la batterie de l'Éperon. C'est un coup de canon du large, qui a été distinctement entendu.

La foule reste en suspens.