Là, le marin développa son projet, très simple en vérité. On ne risquait que sa vie à l'exécuter.

L'ouragan était dans toute sa violence, il est vrai, mais un ingénieur adroit et audacieux, tel que Cyrus Smith, saurait bien conduire un aérostat.

S'il eût connu la manœuvre, lui, Pencroff, il n'aurait pas hésité à partir, — avec Harbert, s'entend. Il en avait vu bien d'autres, et n'en était plus à compter avec une tempête!

Cyrus Smith avait écouté le marin sans mot dire, mais son regard brillait. L'occasion était là. Il n'était pas homme à la laisser échapper. Le projet n'était que très dangereux, donc il était exécutable.

La nuit, malgré la surveillance, on pouvait aborder le ballon, se glisser dans la nacelle, puis couper les liens qui le retenaient! Certes, on risquait d'être tué, mais, par contre, on pouvait réussir, et sans cette tempête... Mais sans cette tempête, le ballon fût déjà parti, et l'occasion, tant cherchée, ne se présenterait pas en ce moment!

«Je ne suis pas seul!... dit en terminant Cyrus Smith.

— Combien de personnes voulez-vous donc emmener? demanda le marin.

— Deux: mon ami Spilett et mon serviteur Nab.

— Cela fait donc trois, répondit Pencroff, et, avec Harbert et moi, cinq. Or, le ballon devait enlever six...

— Cela suffit. Nous partirons!» dit Cyrus Smith.