On le sait, l'ingénieur n'avait encore pu découvrir par où s'échappait le trop-plein du lac, mais comme il n'avait vu nul indice qu'il débordât jamais, il fallait nécessairement qu'un déversoir existât quelque part. Or, précisément, Cyrus Smith fut assez surpris de distinguer un courant assez prononcé qui se faisait sentir en cet endroit. Il jeta quelques petits morceaux de bois, et vit qu'ils se dirigeaient vers l'angle sud. Il suivit ce courant, en marchant sur la berge, et il arriva à la pointe méridionale du lac.
Là se produisait une sorte de dépression des eaux, comme si elles se fussent brusquement perdues dans quelque fissure du sol.
Cyrus Smith écouta, en mettant son oreille au niveau du lac, et il entendit très distinctement le bruit d'une chute souterraine.
«C'est là, dit-il en se relevant, là que s'opère la décharge des eaux, là, sans doute, que par un conduit creusé dans le massif de granit elles s'en vont rejoindre la mer, à travers quelques cavités que nous saurions utiliser à notre profit! Eh bien! je le saurai!»
L'ingénieur coupa une longue branche, il la dépouilla de ses feuilles, et, en la plongeant à l'angle des deux rives, il reconnut qu'il existait un large trou ouvert à un pied seulement au-dessous de la surface des eaux. Ce trou, c'était l'orifice du déversoir vainement cherché jusqu'alors, et la force du courant y était telle, que la branche fut arrachée des mains de l'ingénieur et disparut.
«Il n'y a plus à douter maintenant, répéta Cyrus Smith. Là est l'orifice du déversoir, et cet orifice, je le mettrai à découvert.
— Comment? demanda Gédéon Spilett.
— En abaissant de trois pieds le niveau des eaux du lac.
— Et comment abaisser leur niveau?
— En leur ouvrant une autre issue plus vaste que celle-ci.