— Oui, ajouta le reporter, nous allons faire sauter l'île...
— Sauter l'île! s'écria Pencroff.
— En partie, du moins! répliqua Gédéon Spilett.
— Écoutez-moi, mes amis», dit l'ingénieur.
Et il leur fit connaître le résultat de ses observations. Suivant lui, une cavité plus ou moins considérable devait exister dans la masse de granit qui supportait le plateau de Grande-vue, et il prétendait pénétrer jusqu'à elle.
Pour ce faire, il fallait tout d'abord dégager l'ouverture par laquelle se précipitaient les eaux, et, par conséquent, abaisser leur niveau en leur procurant une plus large issue. De là, nécessité de fabriquer une substance explosive qui pût pratiquer une forte saignée en un autre point de la rive. C'est ce qu'allait tenter Cyrus Smith au moyen des minéraux que la nature mettait à sa disposition.
Inutile de dire avec quel enthousiasme tous, et plus particulièrement Pencroff, accueillirent ce projet.
Employer les grands moyens, éventrer ce granit, créer une cascade, cela allait au marin! Et il serait aussi bien chimiste que maçon ou bottier, puisque l'ingénieur avait besoin de chimistes. Il serait tout ce qu'on voudrait, «même professeur de danse et de maintien», dit-il à Nab, si cela était jamais nécessaire.
Nab et Pencroff furent tout d'abord chargés d'extraire la graisse du dugong, et d'en conserver la chair, qui était destinée à l'alimentation. Ils partirent aussitôt, sans même demander plus d'explication. La confiance qu'ils avaient en l'ingénieur était absolue. Quelques instants après eux, Cyrus Smith, Harbert et Gédéon Spilett, traînant la claie et remontant la rivière, se dirigeaient vers le gisement de houille où abondaient ces pyrites schisteuses qui se rencontrent, en effet, dans les terrains de transition les plus récents, et dont Cyrus Smith avait déjà rapporté un échantillon.
Toute la journée fut employée à charrier une certaine quantité de ces pyrites aux Cheminées. Le soir, il y en avait plusieurs tonnes.