Cyrus Smith regardait son chien, et celui de ses compagnons qui se fût approché de lui l'eût entendu murmurer ces paroles:

«Oui, je crois bien que Top en sait plus long que nous sur bien des choses!»

Cependant, les désirs des colons se trouvaient en grande partie réalisés. Le hasard, aidé par la merveilleuse sagacité de leur chef, les avait heureusement servis. Ils avaient là, à leur disposition, une vaste caverne, dont ils ne pouvaient encore estimer la capacité à la lueur insuffisante des torches, mais qu'il serait certainement aisé de diviser en chambres, au moyen de cloisons de briques, et d'approprier, sinon comme une maison, du moins comme un spacieux appartement. Les eaux l'avaient abandonnée et n'y pouvaient plus revenir.

La place était libre.

Restaient deux difficultés: premièrement, la possibilité d'éclairer cette excavation creusée dans un bloc plein; deuxièmement, la nécessité d'en rendre l'accès plus facile. Pour l'éclairage, il ne fallait point songer à l'établir par le haut, puisqu'une énorme épaisseur de granit plafonnait au-dessus d'elle; mais peut-être pourrait-on percer la paroi antérieure, qui faisait face à la mer. Cyrus Smith, qui, pendant la descente, avait apprécié assez approximativement l'obliquité, et par conséquent la longueur du déversoir, était fondé à croire que la partie antérieure de la muraille devait n'être que peu épaisse. Si l'éclairage était ainsi obtenu, l'accès le serait aussi, car il était aussi facile de percer une porte que des fenêtres, et d'établir une échelle extérieure.

Cyrus Smith fit part de ses idées à ses compagnons.

«Alors, monsieur Cyrus, à l'ouvrage! répondit Pencroff. J'ai mon pic, et je saurai bien me faire jour à travers ce mur. Où faut-il frapper?

— Ici», répondit l'ingénieur, en indiquant au vigoureux marin un renfoncement assez considérable de la paroi, et qui devait en diminuer l'épaisseur.

Pencroff attaqua le granit, et pendant une demi-heure, à la lueur des torches, il en fit voler les éclats autour de lui. La roche étincelait sous son pic. Nab le relaya, puis Gédéon Spilett après Nab.

Ce travail durait depuis deux heures déjà, et l'on pouvait donc craindre qu'en cet endroit, la muraille n'excédât la longueur du pic, quand, à un dernier coup porté par Gédéon Spilett, l'instrument, passant au travers du mur, tomba au dehors.