À ce sujet, l'ingéniosité de Cyrus Smith fut en défaut. Il avait dû parer au plus pressé, créer la demeure, assurer l'alimentation, et le froid pouvait le surprendre avant que la question des vêtements eût été résolue. Il fallait donc se résigner à passer ce premier hiver sans trop se plaindre.

La belle saison venue, on ferait une chasse sérieuse à ces mouflons, dont la présence avait été signalée, lors de l'exploration au mont Franklin, et, une fois la laine récoltée, l'ingénieur saurait bien fabriquer de chaudes et solides étoffes... Comment? il y songerait.

«Eh bien, nous en serons quittes pour nous griller les mollets à Granite-House! dit Pencroff. Le combustible abonde, et il n'y a aucune raison de l'épargner.

— D'ailleurs, répondit Gédéon Spilett, l'île Lincoln n'est pas située sous une latitude très élevée, et il est probable que les hivers n'y sont pas rudes. Ne nous avez-vous pas dit, Cyrus, que ce trente-cinquième parallèle correspondait à celui de l'Espagne dans l'autre hémisphère?

— Sans doute, répondit l'ingénieur, mais certains hivers sont très froids en Espagne! Neige et glace, rien n'y manque, et l'île Lincoln peut être aussi rigoureusement éprouvée. Toutefois, c'est une île, et, comme telle, j'espère que la température y sera plus modérée.

— Et pourquoi, monsieur Cyrus? demanda Harbert.

— Parce que la mer, mon enfant, peut être considérée comme un immense réservoir, dans lequel s'emmagasinent les chaleurs de l'été. L'hiver venu, elle restitue ces chaleurs, ce qui assure aux régions voisines des océans une température moyenne, moins élevée en été, mais moins basse en hiver.

— Nous le verrons bien, répondit Pencroff. Je demande à ne point m'inquiéter autrement du froid qu'il fera ou qu'il ne fera pas. Ce qui est certain, c'est que les jours sont déjà courts et les soirées longues. Si nous traitions un peu la question de l'éclairage.

— Rien n'est plus facile, répondit Cyrus Smith.

— À traiter? demanda le marin.