— Comment? s'écria Pencroff. Est-ce que vous feriez fi du cochon de lait, par hasard?

— Non, répondit Gédéon Spilett, sans montrer aucun enthousiasme, et pourvu qu'on n'en abuse pas...

— C'est bon, c'est bon, monsieur le journaliste, riposta le marin, qui n'aimait pas à entendre déprécier sa chasse, vous faites le difficile? Et il y a sept mois, quand nous avons débarqué dans l'île, vous auriez été trop heureux de rencontrer un pareil gibier!...

— Voilà, voilà, répondit le reporter. L'homme n'est jamais ni parfait, ni content.

— Enfin, reprit Pencroff, j'espère que Nab se distinguera. Voyez! Ces deux petits pécaris n'ont pas seulement trois mois! Ils seront tendres comme des cailles! Allons, Nab, viens! J'en surveillerai moi-même la cuisson.»

Et le marin, suivi de Nab, gagna la cuisine et s'absorba dans ses travaux culinaires.

On le laissa faire à sa façon. Nab et lui préparèrent donc un repas magnifique, les deux petits pécaris, un potage de kangourou, un jambon fumé, des amandes de pignon, de la boisson de dragonnier, du thé d'Oswego, — enfin, tout ce qu'il y avait de meilleur; mais entre tous les plats devaient figurer au premier rang les savoureux pécaris, accommodés à l'étuvée.

À cinq heures, le dîner fut servi dans la salle de Granite-House. Le potage de kangourou fumait sur la table. On le trouva excellent. Au potage succédèrent les pécaris, que Pencroff voulut découper lui-même, et dont il servit des portions monstrueuses à chacun des convives.

Ces cochons de lait étaient vraiment délicieux, et Pencroff dévorait sa part avec un entrain superbe, quand tout à coup un cri et un juron lui échappèrent.

«Qu'y a-t-il? demanda Cyrus Smith.