«Mais, Monsieur Spilett, ne trouvez-vous pas très extraordinaire que si quelques naufragés ont débarqué sur cette île, ils ne se soient pas encore montrés du côté de Granite-House?

— Très étonnant, s'ils y sont encore, répondit le reporter, mais pas étonnant du tout, s'ils n'y sont plus!

— Ainsi, vous pensez que ces gens-là ont déjà quitté l'île? Reprit Harbert.

— C'est plus que probable, mon garçon, car si leur séjour s'y fût prolongé, et surtout s'ils y étaient encore, quelque incident eût fini par trahir leur présence.

— Mais s'ils ont pu repartir, fit observer le jeune garçon, ce n'étaient pas des naufragés?

— Non, Harbert, ou, tout au moins, ils étaient ce que j'appellerai des naufragés provisoires. Il est très possible, en effet, qu'un coup de vent les ait jetés sur l'île, sans avoir désemparé leur embarcation, et que, le coup de vent passé, ils aient repris la mer.

— Il faut avouer une chose, dit Harbert, c'est que M Smith a toujours paru plutôt redouter que désirer la présence d'êtres humains sur notre île.

— En effet, répondit le reporter, il ne voit guère que des malais qui puissent fréquenter ces mers, et ces gentlemen-là sont de mauvais chenapans qu'il est bon d'éviter.

— Il n'est pas impossible, Monsieur Spilett, reprit Harbert, que nous retrouvions, un jour ou l'autre, des traces de leur débarquement, et peut-être serons-nous fixés à cet égard?

— Je ne dis pas non, mon garçon. Un campement abandonné, un feu éteint, peuvent nous mettre sur la voie, et c'est ce que nous chercherons dans notre exploration prochaine.»