«Bon! s'écria Nab, voilà qui réjouira l'ami Pencroff!» en effet, l'ami Pencroff ne pouvait manquer d'être réjoui, car la chair de ces tortues, qui se nourrissent de zostères, est extrêmement savoureuse. En ce moment, celle-ci ne laissait plus entrevoir que sa tête petite, aplatie, mais très élargie postérieurement par de grandes fosses temporales, cachées sous une voûte osseuse.
«Et maintenant, que ferons-nous de notre gibier? dit Nab. Nous ne pouvons pas le traîner à Granite-House!
— Laissons-le ici, puisqu'il ne peut se retourner, répondit Harbert, et nous reviendrons le reprendre avec le chariot.
— C'est entendu.»
Toutefois, pour plus de précaution, Harbert prit le soin, que Nab jugeait superflu, de caler l'animal avec de gros galets. Après quoi, les deux chasseurs revinrent à Granite-House, en suivant la grève que la marée, basse alors, découvrait largement.
Harbert, voulant faire une surprise à Pencroff, ne lui dit rien du «superbe échantillon des chélonées»
Qu'il avait retourné sur le sable; mais deux heures après, Nab et lui étaient de retour, avec le chariot, à l'endroit où ils l'avaient laissé. Le «superbe échantillon des chélonées» n'y était plus.
Nab et Harbert se regardèrent d'abord, puis ils regardèrent autour d'eux. C'était pourtant bien à cette place que la tortue avait été laissée. Le jeune garçon retrouva même les galets dont il s'était servi, et, par conséquent, il était sûr de ne pas se tromper.
«Ah çà! dit Nab, ça se retourne donc, ces bêtes-là?
— Il paraît, répondit Harbert, qui n'y pouvait rien comprendre et regardait les galets épars sur le sable.