«Il faut avouer, dit le reporter, après que l'inventaire eut été achevé, que le propriétaire de cette caisse était un homme pratique! Outils, armes, instruments, habits, ustensiles, livres, rien n'y manque! On dirait vraiment qu'il s'attendait à faire naufrage et qu'il s'y était préparé d'avance!

— Rien n'y manque, en effet, murmura Cyrus Smith d'un air pensif.

— Et à coup sûr, ajouta Harbert, le bâtiment qui portait cette caisse et son propriétaire n'était pas un pirate malais!

— À moins, dit Pencroff, que ce propriétaire n'eût été fait prisonnier par des pirates...

— Ce n'est pas admissible, répondit le reporter. Il est plus probable qu'un bâtiment américain ou européen a été entraîné dans ces parages, et que des passagers, voulant sauver, au moins, le nécessaire, ont préparé ainsi cette caisse et l'ont jetée à la mer.

— Est-ce votre avis, Monsieur Cyrus? demanda Harbert.

— Oui, mon enfant, répondit l'ingénieur, cela a pu se passer ainsi. Il est possible qu'au moment, ou en prévision d'un naufrage, on ait réuni dans cette caisse divers objets de première utilité, pour les retrouver en quelque point de la côte...

— Même la boîte à photographie! fit observer le marin d'un air assez incrédule.

— Quant à cet appareil, répondit Cyrus Smith, je n'en comprends pas bien l'utilité, et mieux eût valu pour nous, comme pour tous autres naufragés, un assortiment de vêtements plus complet ou des munitions plus abondantes!

— Mais n'y a-t-il sur ces instruments, sur ces outils, sur ces livres, aucune marque, aucune adresse, qui puisse nous en faire reconnaître la provenance?» demanda Gédéon Spilett.