— C'est donc du tabac?
— Oui, et, s'il n'est pas de première qualité, ce n'en est pas moins du tabac!
— Ah! Ce brave Pencroff! Va-t-il être content! Mais il ne fumera pas tout, que diable! Et il nous en laissera bien notre part!
— Ah! Une idée, Monsieur Spilett, répondit Harbert. Ne disons rien à Pencroff, prenons le temps de préparer ces feuilles, et, un beau jour, on lui présentera une pipe toute bourrée!
— Entendu, Harbert, et ce jour-là notre digne compagnon n'aura plus rien à désirer en ce monde!»
Le reporter et le jeune garçon firent une bonne provision de la précieuse plante, et ils revinrent à Granite-House, où ils l'introduisirent «en fraude», et avec autant de précaution que si Pencroff eût été le plus sévère des douaniers.
Cyrus Smith et Nab furent mis dans la confidence, et le marin ne se douta de rien, pendant tout le temps, assez long, qui fut nécessaire pour sécher les feuilles minces, les hacher, les soumettre à une certaine torréfaction sur des pierres chaudes. Cela demanda deux mois; mais toutes ces manipulations purent être faites à l'insu de Pencroff, car, occupé de la construction du bateau, il ne remontait à Granite-House qu'à l'heure du repos.
Une fois encore, cependant, et quoi qu'il en eût, sa besogne favorite fut interrompue le 1er mai, par une aventure de pêche, à laquelle tous les colons durent prendre part. Depuis quelques jours, on avait pu observer en mer, à deux ou trois milles au large, un énorme animal qui nageait dans les eaux de l'île Lincoln. C'était une baleine de la plus grande taille, qui, vraisemblablement, devait appartenir à l'espèce australe, dite «baleine du Cap.»
«Quelle bonne fortune ce serait de nous en emparer! s'écria le marin. Ah! Si nous avions une embarcation convenable et un harpon en bon état, comme je dirais: «Courons à la bête, car elle vaut la peine qu'on la prenne!»
— Eh! Pencroff, dit Gédéon Spilett, j'aurais aimé à vous voir manœuvrer le harpon. Cela doit être curieux!