— Dieu soit donc loué!» répondit Harbert, dont le cœur pieux était plein de reconnaissance pour l'Auteur de toutes choses.

Pendant longtemps, Pencroff et Harbert examinèrent cette contrée sur laquelle les avait jetés leur destinée, mais il était difficile d'imaginer, après une si sommaire inspection, ce que leur réservait l'avenir.

Puis ils revinrent, en suivant la crête méridionale du plateau de granit, dessinée par un long feston de roches capricieuses, qui affectaient les formes les plus bizarres. Là vivaient quelques centaines d'oiseaux nichés dans les trous de la pierre. Harbert, en sautant sur les roches, fit partir toute une troupe de ces volatiles.

«Ah! s'écria-t-il, ceux-là ne sont ni des goélands, ni des mouettes!

— Quels sont donc ces oiseaux? demanda Pencroff.

On dirait, ma foi, des pigeons!

— En effet, mais ce sont des pigeons sauvages, ou pigeons de roche, répondit Harbert. Je les reconnais à la double bande noire de leur aile, à leur croupion blanc, à leur plumage bleu-cendré. Or, si le pigeon de roche est bon à manger, ses œufs doivent être excellents, et, pour peu que ceux-ci en aient laissé dans leurs nids!...

— Nous ne leur donnerons pas le temps d'éclore, si ce n'est sous forme d'omelette! répondit gaîment Pencroff.

— Mais dans quoi feras-tu ton omelette? demanda Harbert. Dans ton chapeau?

— Bon! répondit le marin, je ne suis pas assez sorcier pour cela. Nous nous rabattrons donc sur les œufs à la coque, mon garçon, et je me charge d'expédier les plus durs!»