Tout en causant, les explorateurs s'avançaient en suivant la lisière d'une prairie qui se terminait au pied même du cône. Des bandes de pigeons de roche et d'hirondelles de mer, semblables à ceux de l'île Lincoln, s'envolaient devant eux. Sous le bois qui longeait la prairie à gauche, ils entendirent des frémissements de broussailles, ils entrevirent des remuements d'herbes qui indiquaient la présence d'animaux très fuyards; mais rien jusqu'alors n'indiquait que l'îlot fût habité.

Arrivés au pied du cône, Pencroff, Harbert et Gédéon Spilett le gravirent en quelques instants, et leurs regards parcoururent les divers points de l'horizon.

Ils étaient bien sur un îlot, qui ne mesurait pas plus de six milles de tour, et dont le périmètre, peu frangé de caps ou de promontoires, peu creusé d'anses ou de criques, présentait la forme d'un ovale allongé. Tout autour, la mer, absolument déserte, s'étendait jusqu'aux limites du ciel. Il n'y avait pas une terre, pas une voile en vue!

Cet îlot, boisé sur toute sa surface, n'offrait pas cette diversité d'aspect de l'île Lincoln, aride et sauvage sur une partie, mais fertile et riche sur l'autre. Ici, c'était une masse uniforme de verdure, que dominaient deux ou trois collines peu élevées. Obliquement à l'ovale de l'îlot, un ruisseau coulait à travers une large prairie et allait se jeter à la mer sur la côte occidentale par une étroite embouchure.

«Le domaine est restreint, dit Harbert.

— Oui, répondit Pencroff, c'eût été un peu petit pour nous!

— Et de plus, répondit le reporter, il semble inhabité.

— En effet, répondit Harbert, rien n'y décèle la présence de l'homme.

— Descendons, dit Pencroff, et cherchons.»

Le marin et ses deux compagnons revinrent au rivage, à l'endroit où ils avaient laissé le Bonadventure.