«Mais, fit observer Gédéon Spilett, cela prouve que non seulement des hommes ont débarqué sur cet îlot, mais encore qu'ils l'ont habité pendant un certain temps. Maintenant, quels étaient ces hommes? Combien étaient-ils? Combien en reste-t-il?

— Le document, dit Harbert, ne parle que d'un seul naufragé.

— Eh bien, s'il est encore sur l'île, répondit Pencroff, il est impossible que nous ne le trouvions pas!»

L'exploration continua donc. Le marin et ses compagnons suivirent naturellement la route qui coupait diagonalement l'îlot, et ils arrivèrent ainsi à côtoyer le ruisseau qui se dirigeait vers la mer.

Si les animaux d'origine européenne, si quelques travaux dus à une main humaine démontraient incontestablement que l'homme était déjà venu sur cette île, plusieurs échantillons du règne végétal ne le prouvèrent pas moins. En de certains endroits, au milieu de clairières, il était visible que la terre avait été plantée de plantes potagères à une époque assez reculée probablement. Aussi, quelle fut la joie d'Harbert quand il reconnut des pommes de terre, des chicorées, de l'oseille, des carottes, des choux, des navets, dont il suffisait de recueillir la graine pour enrichir le sol de l'île Lincoln!

«Bon! Bien! répondit Pencroff. Cela fera joliment l'affaire de Nab et la nôtre. Si donc nous ne retrouvons pas le naufragé, du moins notre voyage n'aura pas été inutile, et Dieu nous aura récompensés!

— Sans doute, répondit Gédéon Spilett; mais à voir l'état dans lequel se trouvent ces plantations, on peut craindre que l'îlot ne soit plus habité depuis longtemps.

— En effet, répondit Harbert, un habitant, quel qu'il fût, n'aurait pas négligé une culture si importante!

— Oui! dit Pencroff, ce naufragé est parti!... cela est à supposer...

— Il faut donc admettre que le document a une date déjà ancienne?