Le marin battit alors le briquet et alluma une brindille. Cette lumière éclaira pendant un instant une petite salle, qui parut être absolument abandonnée. Au fond était une cheminée grossière, avec quelques cendres froides, supportant une brassée de bois sec. Pencroff y jeta la brindille enflammée, le bois pétilla et donna une vive lueur.

Le marin et ses deux compagnons aperçurent alors un lit en désordre, dont les couvertures, humides et jaunies, prouvaient qu'il ne servait plus depuis longtemps; dans un coin de la cheminée, deux bouilloires couvertes de rouille et une marmite renversée; une armoire, avec quelques vêtements de marin à demi moisis; sur la table, un couvert d'étain et une bible rongée par l'humidité; dans un angle, quelques outils, pelle, pioche, pic, deux fusils de chasse, dont l'un était brisé; sur une planche formant étagère, un baril de poudre encore intact, un baril de plomb et plusieurs boîtes d'amorces; le tout couvert d'une épaisse couche de poussière, que de longues années, peut-être, avaient accumulée.

«Il n'y a personne, dit le reporter.

— Personne! répondit Pencroff.

— Voilà longtemps que cette chambre n'a été habitée, fit observer Harbert.

— Oui, bien longtemps! répondit le reporter.

— Monsieur Spilett, dit alors Pencroff, au lieu de retourner à bord, je pense qu'il vaut mieux passer la nuit dans cette habitation.

— Vous avez raison, Pencroff, répondit Gédéon Spilett, et si son propriétaire revient, eh bien! Il ne se plaindra peut-être pas de trouver la place prise!

— Il ne reviendra pas! dit le marin en hochant la tête.

— Vous croyez qu'il a quitté l'île? demanda le reporter.