Le déjeuner terminé, Cyrus Smith et ses compagnons quittèrent Granite-House et revinrent sur la grève.
On opéra alors le déchargement du Bonadventure, et l'ingénieur, ayant examiné les armes, les outils, ne vit rien qui pût le mettre à même d'établir l'identité de l'inconnu.
La capture des porcs faite à l'îlot fut regardée comme devant être très profitable à l'île Lincoln, et ces animaux furent conduits aux étables, où ils devaient s'acclimater facilement.
Les deux tonneaux contenant de la poudre et du plomb, ainsi que les paquets d'amorces, furent très bien reçus. On convint même d'établir une petite poudrière, soit en dehors de Granite-House, soit même dans la caverne supérieure, où il n'y avait aucune explosion à craindre. Toutefois, l'emploi du pyroxyle dut être continué, car, cette substance donnant d'excellents résultats, il n'y avait aucune raison pour y substituer la poudre ordinaire.
Lorsque le déchargement de l'embarcation fut terminé:
«Monsieur Cyrus, dit Pencroff, je pense qu'il serait prudent de mettre notre Bonadventure en lieu sûr.
— N'est-il donc pas convenablement à l'embouchure de la Mercy? demanda Cyrus Smith.
— Non, Monsieur Cyrus, répondit le marin. La moitié du temps, il est échoué sur le sable, et cela le fatigue. C'est que c'est une bonne embarcation, voyez-vous, et qui s'est admirablement comportée pendant ce coup de vent qui nous a assaillis si violemment au retour.
— Ne pourrait-on la tenir à flot dans la rivière même?
— Sans doute, Monsieur Cyrus, on le pourrait, mais cette embouchure ne présente aucun abri, et, par les vents d'est, je crois que le Bonadventure aurait beaucoup à souffrir des coups de mer.