«Au secours! à moi!»

Cyrus Smith et le reporter, trop éloignés, n'avaient pu entendre ces cris. Pencroff et Nab, abandonnant la basse-cour en toute hâte, s'étaient précipités vers le lac.

Mais avant eux, l'inconnu, dont personne n'eût pu soupçonner la présence en cet endroit, franchissait le creek-glycérine, qui séparait le plateau de la forêt, et bondissait sur la rive opposée.

Là, Harbert était en face d'un formidable jaguar, semblable à celui qui avait été tué au promontoire du reptile. Inopinément surpris, il se tenait debout contre un arbre, tandis que l'animal, ramassé sur lui-même, allait s'élancer... mais l'inconnu, sans autres armes qu'un couteau, se précipita sur le redoutable fauve, qui se retourna contre ce nouvel adversaire.

La lutte fut courte. L'inconnu était d'une force et d'une adresse prodigieuses. Il avait saisi le jaguar à la gorge d'une main puissante comme une cisaille, sans s'inquiéter si les griffes du fauve lui pénétraient dans les chairs, et, de l'autre, il lui fouillait le cœur avec son couteau.

Le jaguar tomba. L'inconnu le poussa du pied, et il allait s'enfuir au moment où les colons arrivaient sur le théâtre de la lutte, quand Harbert, s'attachant à lui, s'écria:

«Non! Non! Vous ne vous en irez pas!»

Cyrus Smith alla vers l'inconnu, dont les sourcils se froncèrent, lorsqu'il le vit s'approcher. Le sang coulait à son épaule sous sa veste déchirée, mais il n'y prenait pas garde.

«Mon ami, lui dit Cyrus Smith, nous venons de contracter une dette de reconnaissance envers vous. Pour sauver notre enfant, vous avez risqué votre vie!

— Ma vie! murmura l'inconnu. Qu'est-ce qu'elle vaut? Moins que rien!