Pour eux, il n'y avait pas de doute possible!

Ayrton, surpris par les pirates, avait été massacré par eux, et peut-être ces misérables allaient-ils profiter de la nuit pour opérer une descente sur l'île! Une demi-heure se passa au milieu de transes mortelles. Toutefois, les détonations avaient cessé, et ni Ayrton ni Pencroff ne reparaissaient. L'îlot était-il donc envahi? Ne fallait-il pas courir au secours d'Ayrton et de Pencroff? Mais comment?

La mer, haute en ce moment, rendait le canal infranchissable. La pirogue n'était plus là! Que l'on juge de l'horrible inquiétude qui s'empara de Cyrus Smith et de ses compagnons!

Enfin, vers minuit et demi, une pirogue, portant deux hommes, accosta la grève. C'était Ayrton, légèrement blessé à l'épaule, et Pencroff, sain et sauf, que leurs amis reçurent à bras ouverts. Aussitôt, tous se réfugièrent aux cheminées. Là, Ayrton raconta ce qui s'était passé et ne cacha point ce projet de faire sauter le brick qu'il avait tenté de mettre à exécution.

Toutes les mains se tendirent vers Ayrton, qui ne dissimula pas combien la situation était grave.

Les pirates avaient l'éveil. Ils savaient que l'île Lincoln était habitée. Ils n'y descendraient qu'en nombre et bien armés. Ils ne respecteraient rien.

Si les colons tombaient entre leurs mains, ils n'avaient aucune pitié à attendre!

«Eh bien! Nous saurons mourir! dit le reporter.

— Rentrons et veillons, répondit l'ingénieur.

— Avons-nous quelque chance de nous en tirer, Monsieur Cyrus? demanda le marin.