«Satanée bête que je suis! s'écria-t-il. Pauvre Ayrton! Il a pourtant droit de parler ici autant que qui que ce soit!...

— Oui, dit Gédéon Spilett, mais sa réserve lui fait honneur, et il convient de respecter ce sentiment qu'il a de son triste passé.

— Entendu, Monsieur Spilett, répondit le marin, et on ne m'y reprendra plus! J'aimerais mieux avaler ma langue que de causer un chagrin à Ayrton! Mais revenons à la question. Il me semble que ces bandits n'ont droit à aucune pitié et que nous devons au plus tôt en débarrasser l'île.

— C'est bien votre avis, Pencroff? demanda l'ingénieur.

— Tout à fait mon avis.

— Et avant de les poursuivre sans merci, vous n'attendriez pas qu'ils eussent de nouveau fait acte d'hostilité contre nous?

— Ce qu'ils ont fait ne suffit donc pas? demanda Pencroff, qui ne comprenait rien à ces hésitations.

— Ils peuvent revenir à d'autres sentiments! dit Cyrus Smith, et peut-être se repentir...

— Se repentir, eux! s'écria le marin en levant les épaules.

— Pencroff, pense à Ayrton! dit alors Harbert, en prenant la main du marin. Il est redevenu un honnête homme!»