Ils portaient le fusil sur le bras, prêts à faire feu à la moindre démonstration hostile. Les deux carabines et les deux fusils avaient été chargés à balle. De chaque côté de la route, le fourré était épais et pouvait aisément cacher des malfaiteurs, qui, grâce à leurs armes, eussent été véritablement redoutables.

Les colons marchaient rapidement et en silence. Top les précédait, tantôt courant sur la route, tantôt faisant quelque crochet sous bois, mais toujours muet et ne paraissant rien pressentir d'insolite.

Et l'on pouvait compter que le fidèle chien ne se laisserait pas surprendre et qu'il aboierait à la moindre apparence de danger. En même temps que la route, Cyrus Smith et ses compagnons suivaient le fil télégraphique qui reliait le corral et Granite-House. Après avoir marché pendant deux milles environ, ils n'y avaient encore remarqué aucune solution de continuité. Les poteaux étaient en bon état, les isoloirs intacts, le fil régulièrement tendu. Toutefois, à partir de ce point, l'ingénieur observa que cette tension paraissait être moins complète, et enfin, arrivé au poteau nº 74, Harbert, qui tenait les devants, s'arrêta en criant: «le fil est rompu!»

Ses compagnons pressèrent le pas et arrivèrent à l'endroit où le jeune garçon s'était arrêté.

Là, le poteau renversé se trouvait en travers de la route. La solution de continuité du fil était donc constatée, et il était évident que les dépêches de Granite-House n'avaient pu être reçues au corral, ni celles du corral à Granite-House.

«Ce n'est pas le vent qui a renversé ce poteau, fit observer Pencroff.

— Non, répondit Gédéon Spilett. La terre a été creusée à son pied, et il a été déraciné de main d'homme.

— En outre, le fil est brisé, ajouta Harbert, en montrant les deux bouts du fil de fer, qui avait été violemment rompu.

— La cassure est-elle fraîche? demanda Cyrus Smith.

— Oui, répondit Harbert, et il y a certainement peu de temps que la rupture a été produite.