Le marin n'avait entendu que les derniers mots prononcés par le reporter.
«Non, Pencroff, répondit Cyrus Smith, non! Il n'est pas mort. Son pouls bat toujours! Il a fait même entendre un gémissement. Mais, dans l'intérêt même de votre enfant, calmez-vous. Nous avons besoin de tout notre sang-froid. Ne nous le faites pas perdre, mon ami.»
Pencroff se tut, mais, une réaction s'opérant en lui, de grosses larmes inondèrent son visage.
Cependant, Gédéon Spilett essayait de rappeler ses souvenirs et de procéder avec méthode. D'après son observation, il n'était pas douteux, pour lui, que la balle, entrée par devant, ne fût sortie par derrière.
Mais quels ravages cette balle avait-elle causés dans son passage? Quels organes essentiels étaient atteints? Voilà ce qu'un chirurgien de profession eût à peine pu dire en ce moment, et, à plus forte raison, le reporter.
Cependant, il savait une chose: c'est qu'il aurait à prévenir l'étranglement inflammatoire des parties lésées, puis à combattre l'inflammation locale et la fièvre qui résulteraient de cette blessure, — blessure mortelle peut-être! Or, quels topiques, quels antiphlogistiques employer? Par quels moyens détourner cette inflammation? En tout cas, ce qui était important, c'était que les deux plaies fussent pansées sans retard. Il ne parut pas nécessaire à Gédéon Spilett de provoquer un nouvel écoulement du sang, en les lavant à l'eau tiède et en en comprimant les lèvres. L'hémorragie avait été très abondante, et Harbert n'était déjà que trop affaibli par la perte de son sang.
Le reporter crut donc devoir se contenter de laver les deux plaies à l'eau froide.
Harbert était placé sur le côté gauche, et il fut maintenu dans cette position.
«Il ne faut pas qu'il remue, dit Gédéon Spilett. Il est dans la position la plus favorable pour que les plaies du dos et de la poitrine puissent suppurer à l'aise, et un repos absolu est nécessaire.
— Quoi! Nous ne pouvons le transporter à Granite-House? demanda Pencroff.