— Espérez-vous donc, Pencroff, que ces coquins l'aient épargné? demanda Gédéon Spilett.
— Oui! S'ils ont eu intérêt à le faire!
— Quoi! Vous supposeriez qu'Ayrton, retrouvant ses anciens complices, oubliant tout ce qu'il nous doit...
— Que sait-on? répondit le marin, qui ne hasardait pas sans hésiter cette fâcheuse supposition.
— Pencroff, dit Cyrus Smith en prenant le bras du marin, vous avez là une mauvaise pensée, et vous m'affligeriez beaucoup si vous persistiez à parler ainsi! Je garantis la fidélité d'Ayrton!
— Moi aussi, ajouta vivement le reporter.
— Oui... oui!... Monsieur Cyrus... j'ai tort, répondit Pencroff. C'est une mauvaise pensée, en effet, que j'ai eue là, et rien ne la justifie! Mais que voulez-vous? Je n'ai plus tout à fait la tête à moi. Cet emprisonnement au corral me pèse horriblement, et je n'ai jamais été surexcité comme je le suis!
— Soyez patient, Pencroff, répondit l'ingénieur.
— Dans combien de temps, mon cher Spilett, croyez-vous qu'Harbert puisse être transporté à Granite-House?
— Cela est difficile à dire, Cyrus, répondit le reporter, car une imprudence pourrait entraîner des conséquences funestes. Mais enfin, sa convalescence se fait régulièrement, et si d'ici huit jours les forces lui sont revenues, eh bien, nous verrons!»