Vers cinq heures du soir, le chariot s'arrêta à six cents pas à peu près de l'enceinte palissadée. Un rideau semi-circulaire de grands arbres la cachait encore.
Il s'agissait donc de reconnaître le corral, afin de savoir s'il était occupé. Y aller ouvertement, en pleine lumière, pour peu que les convicts y fussent embusqués, c'était s'exposer à recevoir quelque mauvais coup, ainsi qu'il était arrivé à Harbert.
Mieux valait donc attendre que la nuit fût venue.
Cependant, Gédéon Spilett voulait, sans plus tarder, reconnaître les approches du corral, et Pencroff, à bout de patience, s'offrit à l'accompagner.
«Non, mes amis, répondit l'ingénieur. Attendez la nuit. Je ne laisserai pas l'un de vous s'exposer en plein jour.
— Mais, Monsieur Cyrus... répliqua le marin, peu disposé à obéir.
— Je vous en prie, Pencroff, dit l'ingénieur.
— Soit!» répondit le marin, qui donna un autre cours à sa colère en gratifiant les convicts des plus rudes qualifications du répertoire maritime.
Les colons demeurèrent donc autour du chariot, et ils surveillèrent avec soin les parties voisines de la forêt.
Trois heures se passèrent ainsi. Le vent était tombé, et un silence absolu régnait sous les grands arbres. La brisée de la plus mince branche, un bruit de pas sur les feuilles sèches, le glissement d'un corps entre les herbes, eussent été entendus sans peine. Tout était tranquille. Du reste, Top, couché à terre, sa tête allongée sur ses pattes, ne donnait aucun signe d'inquiétude.