«Harbert, disait le marin, vous n'abandonnerez jamais l'île Lincoln?

— Jamais, Pencroff, et surtout si tu prends le parti d'y rester!

— Il est tout pris, mon garçon, répondait Pencroff, je vous attendrai! Vous me ramènerez votre femme et vos enfants, et je ferai de vos petits de fameux lurons!

— C'est entendu, répliquait Harbert, riant et rougissant à la fois.

— Et vous, Monsieur Cyrus, reprenait Pencroff enthousiasmé, vous serez toujours le gouverneur de l'île! Ah ça! Combien pourra-t-elle nourrir d'habitants? Dix mille, au moins!»

On causait de la sorte, on laissait aller Pencroff, et, de propos en propos, le reporter finissait par fonder un journal, le new-Lincoln Herald! ainsi est-il du cœur de l'homme. Le besoin de faire œuvre qui dure, qui lui survive, est le signe de sa supériorité sur tout ce qui vit ici-bas. C'est ce qui a fondé sa domination, et c'est ce qui la justifie dans le monde entier.

Après cela, qui sait si Jup et Top n'avaient pas, eux aussi, leur petit rêve d'avenir?

Ayrton, silencieux, se disait qu'il voudrait revoir lord Glenarvan et se montrer à tous, réhabilité. Un soir, le 15 octobre, la conversation, lancée à travers ces hypothèses, s'était prolongée plus que de coutume. Il était neuf heures du soir. Déjà de longs bâillements, mal dissimulés, sonnaient l'heure du repos, et Pencroff venait de se diriger vers son lit, quand le timbre électrique, placé dans la salle, résonna soudain.

Tous étaient là, Cyrus Smith, Gédéon Spilett, Harbert, Ayrton, Pencroff, Nab. Il n'y avait donc aucun des colons au corral.

Cyrus Smith s'était levé. Ses compagnons se regardaient, croyant avoir mal entendu.