— Mais cette caverne sera remplie d'eau jusqu'à une certaine hauteur, fit observer Harbert.
— Ou cette caverne assèche complètement, répondit Cyrus Smith, et dans ce cas nous la parcourrons à pied, ou elle n'assèche pas, et un moyen quelconque de transport sera mis à notre disposition.»
Une heure s'écoula. Tous descendirent sous la pluie au niveau de la mer. En trois heures, la marée avait baissé de quinze pieds. Le sommet de l'arc tracé par la voussure dominait son niveau de huit pieds au moins. C'était comme l'arche d'un pont, sous laquelle passaient les eaux, mêlées d'écume. En se penchant, l'ingénieur vit un objet noir qui flottait à la surface de la mer. Il l'attira à lui.
C'était un canot, amarré par une corde à quelque saillie intérieure de la paroi. Ce canot était fait en tôle boulonnée. Deux avirons étaient au fond, sous les bancs.
«Embarquons», dit Cyrus Smith.
Un instant après, les colons étaient dans le canot.
Nab et Ayrton s'étaient mis aux avirons, Pencroff au gouvernail. Cyrus Smith à l'avant, le fanal posé sur l'étrave, éclairait la marche.
La voûte, très surbaissée, sous laquelle le canot passa d'abord, se relevait brusquement; mais l'obscurité était trop profonde, et la lumière du fanal trop insuffisante, pour que l'on pût reconnaître l'étendue de cette caverne, sa largeur, sa hauteur, sa profondeur. Au milieu de cette substruction basaltique régnait un silence imposant.
Nul bruit du dehors n'y pénétrait, et les éclats de la foudre ne pouvaient percer ses épaisses parois.
Il existe en quelques parties du globe de ces cavernes immenses, sortes de cryptes naturelles qui datent de son époque géologique. Les unes sont envahies par les eaux de la mer; d'autres contiennent des lacs entiers dans leurs flancs.