Sans doute, le capitaine Nemo entendit la réponse de Cyrus Smith, car il se releva un peu, et d'une voix plus faible, mais toujours intelligible:

«Vous avez raison, monsieur, dit-il. Je dois et je veux mourir ici. Aussi ai-je une demande à vous faire.»

Cyrus Smith et ses compagnons s'étaient rapprochés du divan, et ils en disposèrent les coussins de telle sorte que le mourant fût mieux appuyé.

On put voir alors son regard s'arrêter sur toutes les merveilles de ce salon, éclairé par les rayons électriques que tamisaient les arabesques d'un plafond lumineux. Il regarda, l'un après l'autre, les tableaux accrochés aux splendides tapisseries des parois, ces chefs-d'œuvre des maîtres italiens, flamands, français et espagnols, les réductions de marbre et de bronze qui se dressaient sur leurs piédestaux, l'orgue magnifique adossé à la cloison d'arrière, puis les vitrines disposées autour d'une vasque centrale, dans laquelle s'épanouissaient les plus admirables produits de la mer, plantes marines, zoophytes, chapelets de perles d'une inappréciable valeur, et, enfin, ses yeux s'arrêtèrent sur cette devise inscrite au fronton de ce musée, la devise du Nautilus: mobilis in mobile.

Il semblait qu'il voulût une dernière fois caresser du regard ces chefs-d'œuvre de l'art et de la nature, auxquels il avait limité son horizon pendant un séjour de tant d'années dans l'abîme des mers!

Cyrus Smith avait respecté le silence que gardait le capitaine Nemo. Il attendait que le mourant reprît la parole.

Après quelques minutes, pendant lesquelles il revit passer devant lui, sans doute, sa vie tout entière, le capitaine Nemo se retourna vers les colons et leur dit:

«Vous croyez, messieurs, me devoir quelque reconnaissance?...

— Capitaine, nous donnerions notre vie pour prolonger la vôtre!

— Bien, reprit le capitaine Nemo, bien!... Promettez-moi d'exécuter mes dernières volontés, et je serai payé de tout ce que j'ai fait pour vous.