Mais l'explication de cette circonstance viendrait plus tard. Quand Cyrus Smith pourrait parler, il dirait ce qui s'était passé. Pour le moment, il s'agissait de le rappeler à la vie, et il était probable que des frictions amèneraient ce résultat.

C'est ce qui fut fait avec la vareuse du marin.

L'ingénieur, réchauffé par ce rude massage, remua légèrement le bras, et sa respiration commença à se rétablir d'une façon plus régulière. Il mourait d'épuisement, et certes, sans l'arrivée du reporter et de ses compagnons, c'en était fait de Cyrus Smith.

«Vous l'avez donc cru mort, votre maître? demanda le marin à Nab.

— Oui! mort! répondit Nab, et si Top ne vous eût pas trouvés, si vous n'étiez pas venus, j'aurais enterré mon maître et je serais mort près de lui!»

On voit à quoi avait tenu la vie de Cyrus Smith!

Nab raconta alors ce qui s'était passé. La veille, après avoir quitté les Cheminées dès l'aube, il avait remonté la côte dans la direction du nord-nord et atteint la partie du littoral qu'il avait déjà visitée.

Là, sans aucun espoir, il l'avouait, Nab avait cherché sur le rivage, au milieu des roches, sur le sable, les plus légers indices qui pussent le guider.

Il avait examiné surtout la partie de la grève que la haute mer ne recouvrait pas, car, sur sa lisière, le flux et le reflux devaient avoir effacé tout indice. Nab n'espérait plus retrouver son maître vivant. C'était à la découverte d'un cadavre qu'il allait ainsi, un cadavre qu'il voulait ensevelir de ses propres mains!

Nab avait cherché longtemps. Ses efforts demeurèrent infructueux. Il ne semblait pas que cette côte déserte eût jamais été fréquentée par un être humain. Les coquillages, ceux que la mer ne pouvait atteindre, — et qui se rencontraient par millions au delà du relais des marées, — étaient intacts. Pas une coquille écrasée. Sur un espace de deux à trois cents yards, il n'existait pas trace d'un atterrissage, ni ancien, ni récent.