«Île ou continent! Songer à cela quand on n'a plus que le souffle! quel homme!»
Arrivés au sommet de la dune, Pencroff et ses deux compagnons, sans autres outils que leurs bras, dépouillèrent de ses principales branches un arbre assez malingre, sorte de pin maritime émacié par les vents; puis, de ces branches, on fit une litière qui, une fois recouverte de feuilles et d'herbes, permettrait de transporter l'ingénieur.
Ce fut l'affaire de quarante minutes environ, et il était dix heures quand le marin, Nab et Harbert revinrent auprès de Cyrus Smith, que Gédéon Spilett n'avait pas quitté.
L'ingénieur se réveillait alors de ce sommeil, ou plutôt de cet assoupissement dans lequel on l'avait trouvé. La coloration revenait à ses joues, qui avaient eu jusqu'ici la pâleur de la mort. Il se releva un peu, regarda autour de lui, et sembla demander où il se trouvait.
«Pouvez-vous m'entendre sans vous fatiguer, Cyrus? dit le reporter.
— Oui, répondit l'ingénieur.
— M'est avis, dit alors le marin, que M Smith vous entendra encore mieux, s'il revient à cette gelée de tétras, — car c'est du tétras, monsieur Cyrus», ajouta-t-il, en lui présentant quelque peu de cette gelée, à laquelle il mêla, cette fois, des parcelles de chair.
Cyrus Smith mâcha ces morceaux du tétras, dont les restes furent partagés entre ses trois compagnons, qui souffraient de la faim, et trouvèrent le déjeuner assez maigre.
«Bon! fit le marin, les victuailles nous attendent aux Cheminées, car il est bon que vous le sachiez, monsieur Cyrus, nous avons là-bas, dans le sud, une maison avec chambres, lits et foyer, et, dans l'office, quelques douzaines d'oiseaux que notre Harbert appelle des couroucous. Votre litière est prête, et, dès que vous vous en sentirez la force, nous vous transporterons à notre demeure.
— Merci, mon ami, répondit l'ingénieur, encore une heure ou deux, et nous pourrons partir... Et maintenant, parlez, Spilett.»