—Je la verrai... au retour.
—Cependant, si ta mère est à Omsk, tu prendras bien une heure pour aller l'embrasser?
—Je n'irai pas l'embrasser!
—Tu ne la verras pas?
—Non, Nadia...! répondit Michel Strogoff, dont la poitrine se gonflait et qui comprenait qu'il ne pourrait continuer de répondre aux questions de la jeune fille.
—Tu dis: non! Ah! frère, pour quelles raisons, si ta mère est à Omsk, peux-tu refuser de la voir?
—Pour quelles raisons, Nadia! Tu me demandes pour quelles raisons! s'écria Michel Strogoff d'une voix si profondément altérée que la jeune fille en tressaillit. Mais pour les raisons qui m'ont fait patient jusqu'à la lâcheté avec le misérable dont...»
Il ne put achever sa phrase.
«Calme-toi, frère, dit Nadia de sa voix la plus douce. Je ne sais qu'une chose, ou plutôt je ne la sais pas, je la sens! C'est qu'un sentiment domine maintenant toute ta conduite: celui d'un devoir plus sacré, s'il en peut être un, que celui qui lie le fils à la mère!»
Nadia se tut, et, de ce moment, elle évita tout sujet de conversation qui pût se rapporter à la situation particulière de Michel Strogoff. Il y avait là quelque secret à respecter. Elle le respecta.