«Qu'as-tu? lui demanda vivement le moujik, très-étonné de ce brusque mouvement.

—Silence,» se hâta de répondre Michel Strogoff, en mettant un doigt sur ses lèvres.

En ce moment, un détachement de Tartares débouchait de la place principale et prenait la rue que Michel Strogoff et son compagnon venaient de suivre pendant quelques instants.

En tête du détachement, composé d'une vingtaine de cavaliers, marchait un officier vêtu d'un uniforme très-simple. Bien que ses regards se portassent rapidement de côté et d'autre, il ne pouvait avoir vu Michel Strogoff, qui avait précipitamment opéré sa retraite.

Le détachement allait au grand trot dans cette rue étroite. Ni l'officier, ni son escorte ne prenaient garde aux habitants. Ces malheureux avaient à peine le temps de se ranger à leur passage. Aussi y eut-il quelques cris à demi étouffés, auxquels répondirent immédiatement des coups de lance, et la rue fut dégagée en un instant.

Quand l'escorte eut disparu:

«Quel est cet officier?» demanda Michel Strogoff en se retournant vers le moujik.

Et, pendant qu'il faisait cette question, son visage était pâle comme celui d'un mort.

«C'est Ivan Ogareff, répondit le Sibérien, mais d'une voix basse qui respirait la haine.

—Lui!» s'écria Michel Strogoff, auquel ce mot échappa avec un accent de rage qu'il ne put maîtriser.