Ces mots terminaient la dépêche.
«À mon tour maintenant,» s'écria Alcide Jolivet, qui voulut passer la dépêche adressée à sa cousine du faubourg Montmartre.
Mais cela ne faisait pas l'affaire du correspondant anglais, qui ne comptait pas abandonner le guichet, afin d'être toujours à même de transmettre les nouvelles, au fur et à mesure qu'elles se produiraient. Aussi ne fit-il point place à son confrère.
«Mais vous avez fini!... s'écria Alcide Jolivet.
—Je n'ai pas fini,» répondit simplement Harry Blount.
Et il continua à écrire une suite de mots qu'il passa ensuite à l'employé, et que celui-ci lut de sa voix tranquille:
«Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre!...»
C'étaient les versets de la Bible qu'Harry Blount télégraphiait, pour employer le temps et ne pas céder sa place à son rival. Il en coûterait peut-être quelques milliers de roubles à son journal, mais son journal serait le premier informé. La France attendrait!
On conçoit la fureur d'Alcide Jolivet, qui, en toute autre circonstance, eût trouvé que c'était de bonne guerre. Il voulut même obliger l'employé à recevoir sa dépêche, de préférence à celle de son confrère.
«C'est le droit de monsieur,» répondit tranquillement l'employé, en montrant Harry Blount, et en lui souriant d'un air aimable.