—Tous les Français sont un peu médecins!»
Et sur cette affirmation, Alcide Jolivet, déchirant son mouchoir, fit de la charpie de l'un des morceaux, des tampons de l'autre, prit de l'eau à un puits creusé au milieu de l'enclos, lava la blessure, qui, fort heureusement, n'était pas grave, et disposa avec beaucoup d'adresse les linges mouillés sur l'épaule d'Harry Blount.
«Je vous traite par l'eau, dit-il. Ce liquide est encore le sédatif le plus efficace que l'on connaisse pour le traitement des blessures, et il est le plus employé maintenant. Les médecins ont mis six mille ans à découvrir cela! Oui! six mille ans en chiffres ronds!
—Je vous remercie, monsieur Jolivet, répondit Harry Blount, en s'étendant sur une couche de feuilles mortes, que son compagnon lui arrangea à l'ombre d'un bouleau.
—Bah! il n'y a pas de quoi! Vous en feriez autant à ma place!
—Je n'en sais rien... répondit un peu naïvement Harry Blount.
—Farceur, va! Tous les Anglais sont généreux!
—Sans doute, mais les Français....?
—Eh bien, les Français sont bons, ils sont même bêtes, si vous voulez! Mais ce qui les rachète, c'est qu'ils sont Français! Ne parlons plus de cela, et même, si vous m'en croyez, ne parlons plus du tout. Le repos vous est absolument nécessaire.»
Mais Harry Blount n'avait aucune envie de se taire. Si le blessé devait, par prudence, songer au repos, le correspondant du Daily-Telegraph n'était pas homme à s'écouter.