—Vous avez sans doute des papiers qui vous permettent d'établir votre identité?

—Voici des lettres qui nous accréditent en Russie près des chancelleries anglaise et française.»

Ivan Ogareff prit les lettres que lui tendait Harry Blount, et il les lut avec attention. Puis:

«Vous demandez, dit-il, l'autorisation de suivre nos opérations militaires en Sibérie?

—Nous demandons à être libres, voilà tout, répondit sèchement le correspondant anglais.

—Vous l'êtes, messieurs, répondit Ivan Ogareff, et je serai curieux de lire vos chroniques dans le Daily-Telegraph.

—Monsieur, répliqua Harry Blount avec le flegme le plus imperturbable, c'est six pence le numéro, les frais de poste en sus.»

Et, là-dessus, Harry Blount se retourna vers son compagnon, qui parut approuver complètement sa réponse.

Ivan Ogareff ne sourcilla pas, et, enfourchant son cheval, il prit la tête de son escorte et disparut bientôt dans un nuage de poussière.

«Eh bien, monsieur Jolivet, que pensez-vous du colonel Ivan Ogareff, général en chef des troupes tartares? demanda Harry Blount.