—A peu près en même temps que vous, répondit Wassili Fédor,

—J'ai quitté Moscou le 15 juillet.

—Nadia a dû, elle aussi, quitter Moscou à cette époque. Sa lettre me le disait formellement.

—Elle était à Moscou le 15 juillet? demanda Ivan Ogareff.

—Oui, certainement, à cette date.

—Eh bien!...» répondit Ivan Ogareff. Puis se reprenant:

«Mais non, je me trompe.... J'allais confondre les dates... ajouta-t-il. Il est malheureusement trop probable que votre fille a dû franchir la frontière, et vous ne pouvez avoir qu'un seul espoir, c'est qu'elle se soit arrêtée en apprenant les nouvelles de l'invasion tartare!»

Wassili Fédor baissa la tête! Il connaissait Nadia, et il savait bien que rien n'avait pu l'empêcher de partir.

Ivan Ogareff venait de commettre là, gratuitement, un acte de cruauté véritable. D'un mot il pouvait rassurer Wassili Fédor. Bien que Nadia eût passé la frontière sibérienne dans les circonstances que l'on sait, Wassili Fédor, en rapprochant la date à laquelle sa fille se trouvait à Nijni-Novgorod et la date de l'arrêté qui interdisait d'en sortir, en eût sans doute conclu ceci: c'est que Nadia n'avait pas pu être exposée aux dangers de l'invasion, et qu'elle était encore, malgré elle, sur le territoire européen de l'empire.

Ivan Ogareff, obéissant à sa nature, en homme que ne savaient plus émouvoir les souffrances des autres, pouvait dire ce mot.... Il ne le dit pas.