—Cela vous fait rire! répliqua aigrement le marchand, qui goûtait peu ce genre de plaisanteries.

—Eh! quand on s'arracherait les cheveux, quand on se couvrirait de cendres, répondit le voyageur, cela changerait-il le cours des choses? Non! pas plus que le cours des marchandises!

—On voit bien que vous n'êtes pas marchand! fit observer le petit Juif.

—Ma foi, non, digne descendant d'Abraham! Je ne vends ni houblon, ni édredon, ni miel, ni cire, ni chènevis, ni viandes salées, ni caviar, ni bois, ni laine, ni rubans, ni chanvre, ni lin, ni maroquin, ni pelleteries!....

—Mais en achetez-vous? demanda le Persan, qui interrompit la nomenclature du voyageur.

—Le moins que je peux, et seulement pour ma consommation particulière, répondit celui-ci en clignant de l'œil.

—C'est un plaisant! dit le Juif au Persan.

—Ou un espion! répondit celui-ci en baissant la voix. Défions-nous, et ne parlons pas plus qu'il ne faut! La police n'est pas tendre par le temps qui court, et on ne sait trop avec qui l'on voyage!

Dans un autre coin du compartiment, on parlait un peu moins des produits mercantiles, mais un peu plus de l'invasion tartare et de ses fâcheuses conséquences.

Les chevaux de Sibérie vont être réquisitionnés, disait un voyageur, et les communications deviendront bien difficiles entre les diverses provinces de l'Asie centrale!