Un fort brouhaha s'était élevé subitement, qui se dissipa peu à peu, et auquel succéda un silence absolu. Chacun pressentait quelque grave communication de la part du gouvernement.
Le maître de police, précédé de ses agents, venait de quitter le palais du gouverneur général. Un détachement de Cosaques l'accompagnait et faisait ranger la foule à force de bourrades, violemment données et patiemment reçues.
Le maître de police arriva au milieu de la place centrale, et chacun put voir qu'il tenait une dépêche à la main.
Alors, d'une voix haute, il lut la déclaration suivante:
«ARRÊTÉ DU GOUVERNEUR DE NIJNI-NOVGOROD.
«1° Défense à tout sujet russe de sortir de la province, pour quelque cause que ce soit.
«2° Ordre à tous étrangers d'origine asiatique de quitter la province dans les vingt-quatre heures.»
CHAPITRE VI
FRÈRE ET SŒUR.
Ces mesures, très-funestes pour les intérêts privés, les circonstances les justifiaient absolument.
«Défense à tout sujet russe de sortir de la province», si Ivan Ogareff était encore dans la province, c'était l'empêcher, non sans d'extrêmes difficultés tout au moins, de rejoindre Féofar-Khan, et enlever au chef tartare un lieutenant redoutable.