«Quand ce ne serait qu'un passage de canards, se disait Alcide Jolivet, ça vaut son coup de fusil!»

Les deux correspondants furent donc amenés à causer l'un avec l'autre pendant le bal, quelques instants après la sortie du général Kissoff, et ils le firent en se tâtant un peu.

«Vraiment, monsieur, cette petite fête est charmante! dit d'un air aimable Alcide Jolivet, qui crut devoir entrer en conversation par cette phrase éminemment française.

—J'ai déjà télégraphié: splendide! répondit froidement Harry Blount, en employant ce mot, spécialement consacré pour exprimer l'admiration quelconque d'un citoyen du Royaume-Uni.

—Cependant, ajouta Alcide Jolivet, j'ai cru devoir marquer en même temps à ma cousine....

—Votre cousine?... répéta Harry Blount d'un ton surpris, en interrompant son confrère.

—Oui,... reprit Alcide Jolivet, ma cousine Madeleine... C'est avec elle que je corresponds! Elle aime à être informée vite et bien, ma cousine!... J'ai donc cru devoir lui marquer que, pendant cette fête, une sorte de nuage avait semblé obscurcir le front du souverain.

—Pour moi, il m'a paru rayonnant, répondit Harry Blount, qui voulait peut-être dissimuler sa pensée à ce sujet.

—Et, naturellement, vous l'avez fait «rayonner» dans les colonnes du Daily-Telegraph.

—Précisément.