—Pas drôle du tout! répondit l'Anglais.
—Mais si, confrère! Vous ne savez vraiment pas prendre les choses par leur bon côté!
—Et comment, s'il vous plaît, pourrons-nous continuer notre route? demanda Harry Blount.
—Rien n'est plus simple, répondit Alcide Jolivet. Vous allez vous atteler à ce qui nous reste de voiture; moi, je prendrai les guides, je vous appellerai mon petit pigeon, comme un véritable iemschik, et vous marcherez comme un vrai postier!
—Monsieur Jolivet, répondit l'Anglais, cette plaisanterie passe les bornes, et....
—Soyez calme, confrère. Quand vous serez fourbu, je vous remplacerai, et vous aurez droit de me traiter d'escargot poussif ou de tortue qui se pâme, si je ne vous mène pas d'un train d'enfer!»
Alcide Jolivet disait toutes ces choses avec une telle bonne humeur, que Michel Strogoff ne put s'empêcher de sourire.
«Messieurs, dit-il alors, il y a mieux à faire. Nous sommes arrivés, ici, au col supérieur de la chaîne de l'Oural, et, par conséquent, nous n'avons plus maintenant qu'à descendre les pentes de la montagne. Ma voiture est là, à cinq cents pas en arrière. Je vous prêterai un de mes chevaux, on l'attellera à la caisse de votre télègue, et demain, si aucun accident ne se produit, nous arriverons ensemble à Ekaterinbourg.
—Monsieur Korpanoff, répondit Alcide Jolivet, voici une proposition qui part d'un cœur généreux!
—J'ajoute, monsieur, répondit Michel Strogoff, que si je ne vous offre pas de monter dans mon tarentass, c'est qu'il ne contient que deux places, et que ma sœur et moi, nous les occupons déjà.