—Bon! l'ami, répondit Alcide Jolivet, qui comprit l'insinuation, on te payera double.
—Va donc, mes tourtereaux!» cria l'iemschik.
Nadia était remontée dans le tarentass, que suivaient à pied Michel Strogoff et ses deux compagnons.
Il était trois heures. La bourrasque, alors dans sa période décroissante, ne se déchaînait plus aussi violemment à travers le défilé, et la route fut remontée rapidement.
Aux premières lueurs de, l'aube, le tarentass avait rejoint la télègue, qui était consciencieusement embourbée jusqu'au moyeu de ses roues. On comprenait parfaitement qu'un vigoureux coup de collier de son attelage eût opéré la séparation des deux trains.
Un des chevaux de flanc du tarentass fut attelé à l'aide de cordes à la caisse de la télègue. Les deux journalistes reprirent place sur le banc de leur singulier équipage, et les voitures se mirent aussitôt en mouvement. Du reste, elles n'avaient plus qu'à descendre les pentes de l'Oural,—ce qui n'offrait aucune difficulté.
Six heures après, les deux véhicules, l'un suivant l'autre, arrivaient à Ekaterinbourg, sans qu'aucun incident fâcheux eût marqué la seconde partie de leur voyage.
Le premier individu que les journalistes aperçurent sur la porte de la maison de poste, ce fut leur iemschik, qui semblait les attendre.
Ce digne Russe avait vraiment une bonne figure, et, sans plus d'embarras, l'œil souriant, il s'avança vers ses voyageurs, et, leur tendant la main, il réclama son pourboire.
La vérité oblige à dire que la fureur d'Harry Blount éclata avec une violence toute britannique, et si l'iemschik ne se fût prudemment reculé, un coup de poing, porté suivant toutes les règles de la boxe, lui eût payé son «na vodkou» en pleine figure.