L'Espagnol n'était-il donc venu au blockhaus que pour mettre à profit l'habileté de Squambô en matière de tatouage? Cette opération achevée, allait-il quitter la Crique-Noire pour retourner dans le nord de la Floride et sans doute à Jacksonville, où ses partisans étaient encore les maîtres? Son intention n'était-elle pas plutôt de rester au blockhaus jusqu'au jour, de faire comparaître la métisse devant lui, de prendre quelque nouvelle décision relative à ses prisonnières?
À cet égard Zermah fut promptement rassurée. Elle avait rapidement regagné sa chambre, au moment où l'Espagnol se levait pour rentrer dans le réduit. Là, blottie contre la porte, elle écoutait les quelques paroles qui s'échangeaient entre l'Indien et son maître.
«Veille avec plus de soin que jamais, disait Texar.
— Oui, répondit Squambô. Cependant, si nous étions serrés de près à la Crique-Noire par James Burbank…
— James Burbank, je te le répète, ne sera plus à redouter dans quelques jours. D'ailleurs, s'il le fallait, tu sais où la métisse et l'enfant devraient être conduites… là où j'aurais à te rejoindre?
— Oui, maître, reprit Squambô, car il faut aussi prévoir le cas où Gilbert, le fils de James Burbank, et Mars, le mari de Zermah…
— Avant quarante-huit heures, ils seront en mon pouvoir, répondit
Texar, et quand je les tiendrai…»
Zermah n'entendit pas la fin de cette phrase si menaçante pour son mari, pour Gilbert.
Texar et Squambô sortirent alors du fortin, dont la porte se referma sur eux.
Quelques instants plus tard, le squif, conduit par l'Indien, quittait l'îlot, se dirigeait à travers les sombres sinuosités de la lagune, rejoignait une embarcation qui attendait l'Espagnol à l'ouverture de la crique sur le Saint-John. Squambô et son maître se séparèrent alors, après dernières recommandations faites. Puis Texar, emporté par le jusant, descendit rapidement dans la direction de Jacksonville.