La jeune fille ne revint à elle qu'après avoir été transportée dans la maison de M. Harvey, près de son père.
«À la prison… à la prison!… murmurait-elle. Il faut que tous deux s'échappent…
— Oui, répondit M. Stannard, il n'y a plus que cela à tenter!…
Attendons la nuit!»
En effet, il ne fallait rien faire pendant le jour. Lorsque l'obscurité leur permettrait d'agir avec plus de sécurité, sans crainte d'être surpris, M. Stannard et M. Harvey essaieraient de rendre possible l'évasion des deux prisonniers avec la complicité de leur gardien. Ils seraient munis d'une somme d'argent si considérable que cet homme — ils l'espéraient du moins — ne pourrait résister à leurs offres, surtout, quand un seul coup de canon, parti de la flottille du commandant Stevens, pouvait mettre fin au pouvoir de l'Espagnol.
Mais, la nuit arrivée, lorsque MM. Stannard et Harvey voulurent mettre leur projet à exécution, ils durent y renoncer. L'habitation était gardée à vue par une escouade de la milice, et ce fut en vain que tous deux en voulurent sortir.
IV
Coup de vent de nord-est
Les condamnés n'avaient plus, maintenant, qu'une chance de salut - - une seule: c'était qu'avant douze heures, les fédéraux fussent maîtres de la ville. En effet, le lendemain, au soleil levant, James et Gilbert Burbank devaient être passés par les armes. De leur prison, surveillée ainsi que l'était la maison de M. Harvey, comment auraient-ils pu fuir, même avec la connivence d'un geôlier?
Cependant, pour s'emparer de Jacksonville, on ne devait pas compter sur les troupes nordistes, débarquées depuis quelques jours à Fernandina, et qui ne pouvaient abandonner cette importante position au nord de l'État de Floride. Aux canonnières du commandant Stevens incombait cette tâche. Or, pour l'accomplir, il fallait, avant tout, franchir la barre du Saint-John. Alors, la ligne des embarcations étant forcée, la flottille n'aurait plus qu'à s'embosser à la hauteur du port. De là, quand elle tiendrait la ville sous ses feux, nul doute que les milices battissent en retraite à travers les inaccessibles marécages du comté. Texar et ses partisans se hâteraient certainement de les suivre, afin d'éviter de trop justes représailles. Les honnêtes gens pourraient aussitôt reprendre la place, dont ils avaient été indignement chassés, et traiter avec les représentants du gouvernement fédéral pour la reddition de la ville.
Or, ce passage de la barre, était-il possible de l'effectuer, et cela dans un si court délai? Y avait-il quelque moyen de vaincre l'obstacle matériel que le manque d'eau opposait toujours à la marche des canonnières? C'était désormais très douteux, comme on va le voir.
En effet, après le prononcé du jugement, Texar et le commandant des milices de Jacksonville s'étaient rendus sur le quai pour observer le cours inférieur du fleuve. On ne s'étonnera pas que leurs regards fussent alors obstinément fixés vers le barrage d'aval, et leurs oreilles prêtes à recueillir toute détonation qui viendrait de ce côté du Saint-John.