Cependant, cette fortune ne leur paraissait pas suffisante. Aussi voulaient-ils l'accroître, avant d'aller en jouir, sans danger, dans quelque pays de l'Europe ou du Nord-Amérique.
D'ailleurs, en apprenant que le commodore Dupont avait l'intention d'évacuer bientôt la Floride, les deux frères s'étaient dit que l'occasion se présenterait de s'enrichir encore, et qu'ils feraient payer cher aux colons nordistes ces quelques semaines de l'occupation fédérale. Ils étaient donc résolus à voir venir les choses. Une fois à Jacksonville, grâce à leurs partisans, grâce à tous les sudistes compromis avec eux, ils sauraient bien reprendre la situation qu'une émeute leur avait donnée et qu'une émeute pouvait leur rendre.
Les Texar avaient, cependant, un moyen assuré d'acquérir ce qui leur manquait pour être riches, même au delà de leurs désirs.
En effet, que n'écoutaient-ils la proposition que Zermah venait de faire à l'un d'eux? Que ne consentaient-ils à rendre la petite Dy à ses parents désespérés? James Burbank eût certainement racheté au prix de sa fortune la liberté de son enfant. Il se serait engagé à ne déposer aucune plainte, à ne provoquer aucune poursuite contre l'Espagnol. Mais, chez les Texar, la haine parlait plus haut que l'intérêt, et, s'ils voulaient s'enrichir, ils voulaient aussi s'être vengés de la famille Burbank avant de quitter la Floride.
On sait maintenant tout ce qu'il importait de connaître sur le compte des frères Texar. Il n'y a plus qu'à attendre le dénouement de cette histoire.
Inutile d'ajouter que Zermah avait tout compris, lorsqu'elle se trouva soudain en présence de ces hommes. La reconstitution du passé se fit instantanément dans son esprit. Stupéfaite en les regardant, elle restait immobile, comme enracinée au sol, tenant la petite fille dans ses bras. Heureusement, l'air plus abondant de cette chambre avait écarté de l'enfant tout danger de suffocation.
Quant à Zermah, son apparition en présence des deux frères, ce secret qu'elle venait de surprendre, c'était pour elle un arrêt de mort.
XIV
Zermah à l'oeuvre
Devant Zermah, les Texar, si maîtres d'eux qu'ils fussent, n'avaient pu se contenir. Depuis leur enfance, on peut le dire, c'était la première fois qu'ils étaient vus ensemble par une tierce personne. Et cette personne était leur mortelle ennemie. Aussi, dans un premier mouvement, ils allaient s'élancer sur elle, ils allaient la tuer, afin de sauver ce secret de leur double existence…
L'enfant s'était redressée dans les bras de Zermah, et, tendant ses petites mains, criait: