Ce travail ne fut pas difficile. La métisse put se servir de son coutelas pour trancher les roseaux entrelacés dans le paillis, — opération qui fut faite avec aussi peu de bruit que possible.
Toutefois, si le limier qui n'avait pas suivi Texar ne parut pas, en serait-il ainsi lorsque Zermah serait dehors? Ce chien n'accourrait-il pas, ne se jetterait-il pas sur elle et sur la petite fille? Autant aurait valu se trouver en face d'un tigre!
Il ne fallait pas hésiter, cependant. Aussi, le passage ouvert,
Zermah attira l'enfant qu'elle embrassa dans une étreinte
passionnée. La petite fille lui rendit ses baisers avec effusion.
Elle avait compris: il fallait fuir, fuir par ce trou.
Zermah se glissa à travers l'ouverture. Puis, après avoir porté ses regards à droite, à gauche, elle écouta. Pas un bruit ne se faisait entendre. La petite Dy apparut alors à l'orifice du trou.
En ce moment, un aboiement retentit. Encore fort éloigné, il semblait venir de la partie ouest de l'île. Zermah avait saisi l'enfant. Le coeur lui battait à se rompre. Elle ne se croirait relativement en sûreté qu'après avoir disparu derrière les roseaux de l'autre rive.
Mais, traverser, sur une centaine de pas, l'espace qui séparait le wigwam du canal, c'était la phase la plus critique de l'évasion. On risquait d'être aperçu soit de Texar, soit de celui des esclaves qui avait dû rester sur l'île.
Heureusement, à droite du wigwam, un épais fourré de plantes arborescentes, entremêlées de roseaux, s'étendait jusqu'au bord du canal, à quelques yards seulement de l'endroit où devait se trouver la barge.
Zermah résolut de s'engager entre les végétations touffues de ce fourré, projet qui fut aussitôt mis à exécution. Les hautes plantes livrèrent passage aux deux fugitives, et le feuillage se referma sur elles. Quant aux aboiements du chien, on ne les entendait plus.
Ce glissement à travers le fourré ne se fit pas sans peine. Il fallait s'introduire entre les tiges des arbrisseaux qui ne laissaient entre eux qu'un étroit espace. Bientôt Zermah eut ses vêtements en lambeaux, ses mains en sang. Peu importait, si l'enfant pouvait éviter d'être déchirée par ces longues épines. Ce n'est pas la courageuse métisse à qui ces piqûres eussent pu arracher un signe de douleur. Cependant, malgré tous les soins qu'elle prît, la petite fille fut plusieurs fois atteinte aux mains et aux bras. Dy ne poussa pas un cri, ne fit pas entendre une plainte.
Bien que la distance à franchir fût relativement courte — une soixantaine de yards au plus — il ne fallut pas moins d'une demi- heure pour atteindre le canal.